L’atrophie hippocampique reste le biomarqueur structurel le plus utilisé dans les protocoles de recherche sur Alzheimer. Nous observons toutefois un glissement dans la pratique clinique : mesurer le volume global des hippocampes du cerveau ne suffit plus à poser un diagnostic différentiel fiable. Plusieurs pathologies neurodégénératives partagent ce même profil d’atrophie, et les avancées en imagerie segmentée comme en biomarqueurs plasmatiques redessinent la grille de lecture.
Sous-régions hippocampiques en IRM : au-delà du volume global
La volumétrie hippocampique totale, telle qu’elle est évaluée par l’échelle de Scheltens sur une IRM standard, amalgame des compartiments aux fonctions et aux vulnérabilités distinctes. Des travaux récents montrent que les sous-régions CA1 et le subiculum présentent des corrélations plus étroites avec les risques génétiques liés à Alzheimer que le volume hippocampique pris dans son ensemble.
Cette approche segmentée change la donne pour le clinicien. Une atrophie concentrée sur CA1 oriente davantage vers une pathologie amyloïde, tandis qu’une perte de volume touchant préférentiellement le gyrus denté ou CA3 peut pointer vers d’autres mécanismes, notamment vasculaires ou liés à la dépression chronique.
L’analyse par sous-champs exige des séquences IRM à haute résolution et des pipelines de segmentation automatisée validés. Nous recommandons de ne pas se limiter à un score Scheltens isolé lorsqu’un doute diagnostique persiste entre Alzheimer et une autre étiologie neurodégénérative.
Atrophie hippocampique liée à Alzheimer ou au vieillissement normal : critères de distinction

Le vieillissement entraîne une réduction progressive du volume hippocampique chez la majorité des adultes après la cinquantaine. La question clinique n’est donc pas de savoir s’il y a atrophie, mais si le rythme et le profil de cette atrophie sortent de la trajectoire attendue.
Plusieurs éléments orientent vers une atrophie pathologique :
- Une vitesse de perte volumétrique nettement supérieure à la moyenne pour l’âge, mesurée sur deux IRM espacées d’au moins un an
- Une asymétrie marquée entre hippocampe droit et gauche, souvent plus prononcée dans les stades précoces d’Alzheimer que dans le vieillissement physiologique
- Une atteinte préférentielle du cortex entorhinal et de CA1, régions où les dépôts de protéine tau apparaissent en premier dans la cascade Alzheimer
- La présence concomitante de biomarqueurs positifs (amyloïde ou tau) qui confirment l’étiologie neurodégénérative
L’Inserm a d’ailleurs montré que l’atrophie hippocampique n’est pas spécifique de la maladie d’Alzheimer : elle peut aussi prédire un déclin cognitif léger sans démence associée. Ce constat impose de croiser systématiquement l’imagerie structurelle avec d’autres marqueurs.
LATE, démence frontotemporale, corps de Lewy : les diagnostics différentiels de l’atrophie hippocampique
Attribuer automatiquement une atrophie hippocampique à Alzheimer constitue un piège diagnostique fréquent. Plusieurs pathologies produisent un profil d’atrophie similaire en imagerie conventionnelle :
La LATE (Limbic-predominant Age-related TDP-43 Encephalopathy) touche préférentiellement les sujets très âgés et mime cliniquement un Alzheimer amnésique. L’hippocampus sclerosis of aging, souvent associée à la LATE, produit une atrophie sévère parfois plus marquée que celle observée dans Alzheimer typique.
La démence frontotemporale, dans sa variante sémantique, peut entraîner une atrophie temporale antérieure englobant l’hippocampe. La démence à corps de Lewy, quant à elle, touche l’hippocampe de manière plus diffuse, avec une atteinte corticale postérieure souvent prédominante.
Sans biopsie ou examen neuropathologique, la distinction repose sur le croisement entre le pattern d’atrophie en IRM (régional, pas seulement hippocampique), le profil neuropsychologique et les biomarqueurs disponibles. Nous observons que les centres spécialisés intègrent de plus en plus les dosages plasmatiques pour lever ces ambiguïtés.
Biomarqueur sanguin p-tau217 : vers une prédiction individuelle du risque Alzheimer

L’IRM structurelle capture une lésion déjà installée. Les biomarqueurs sanguins, eux, permettent d’intervenir en amont. Le plasma p-tau217 se distingue par sa capacité à anticiper le déclin cognitif et la progression vers un trouble cognitif léger ou une démence chez des personnes encore asymptomatiques.
Des résultats récents montrent que ce dosage identifie aussi bien les profils à bas risque qu’à haut risque, avec une fenêtre de prédiction pouvant atteindre plusieurs années avant l’apparition des premiers symptômes. Pour le clinicien, cela signifie qu’un patient présentant une atrophie hippocampique modérée à l’IRM mais un p-tau217 négatif a peu de chances de développer un Alzheimer : l’atrophie relève alors probablement du vieillissement ou d’une autre pathologie.
Ce biomarqueur ne remplace pas l’imagerie. Il la complète en ajoutant une dimension moléculaire que le volume hippocampique seul ne peut pas fournir. L’association IRM segmentée et p-tau217 plasmatique constitue aujourd’hui le couplage le plus informatif pour le diagnostic différentiel précoce.
Neurones immatures hippocampiques et résilience cognitive face à Alzheimer
Un angle encore peu exploité en pratique clinique concerne la présence de cellules hippocampiques à caractéristiques immatures chez l’adulte. Des chercheurs décrivent des neurones présentant des marqueurs de jeunesse dans l’hippocampe, potentiellement impliqués dans le maintien des fonctions cognitives malgré la présence de lésions neuropathologiques typiques d’Alzheimer.
Cette observation pourrait expliquer en partie le phénomène de résilience cognitive : certains patients présentent des plaques amyloïdes et une dégénérescence neurofibrillaire significatives à l’autopsie, sans avoir manifesté de démence clinique de leur vivant. La densité de ces neurones immatures dans l’hippocampe pourrait moduler l’expression clinique de la maladie.
Ces travaux restent au stade de la recherche fondamentale. Ils ouvrent néanmoins une piste pour comprendre pourquoi deux patients avec un degré d’atrophie hippocampique comparable ne présentent pas le même tableau clinique.
La volumétrie hippocampique garde sa place dans le bilan diagnostique, mais elle ne peut plus être interprétée de manière isolée. Le croisement entre segmentation par sous-régions, biomarqueurs plasmatiques comme le p-tau217 et profil neuropsychologique détaillé offre aujourd’hui une lecture bien plus précise de ce que signifie réellement une atrophie des hippocampes du cerveau.

